Appelez-moi Lorca Horowitz – Anne PLANTAGENET

lorca-horowitz

Stock, 1er janvier 2016, 216 pages

Présentation de l’éditeur :

« Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

Mon avis :

L’auteure nous propose une plongée dans un fait divers : une secrétaire nouvellement embauchée par bonté d’âme copie sa patronne au point de lui ressembler tout en détournant les fonds de l’entreprise à son propre profit.

Les chapitres alternent entre l’auteur essayant de comprendre son attirance pour ce fait divers spécifique, et la voix de Lorca qui raconte son histoire depuis son embauche jusqu’à son arrestation.

L’occasion pour l’auteure de revenir sur le genre du fait divers en littérature, mais aussi de nous parler de la rupture amoureuse qui fait perdre la tête. Lorca n’étant qu’un personnage venant illustrer son propos. Ou peut-être le double de l’auteure, celle qu’elle serait devenu après un chagrin d’amour fatal.

Une lecture plaisante dans laquelle monte le suspens.

L’image que je retiendrai :

Celle de Rocio, la patronne de Lorca, la croisant sur la Côte d’Azur pendant ses vacances et qui finit de lui faire perdre la tête.

Je remercie l’opération Masse Critique de Babelio

ainsi que les éditions Stock pour l’envoi de ce roman.

Publicités

Sanguinaires – Denis PARENT

sanguinaires

Robert Laffont, 7 janvier 2016, 360 pages

Présentation de l’éditeur :

A cinquante ans, Hugo, batteur professionnel, vit dans la maison familiale, face aux îles Sanguinaires, un archipel à l’entrée du golfe d’Ajaccio. Entre deux tournées et deux enregistrements sur le continent, il veille sur sa lignée et son jardin. Son fils de vingt-huit ans et son petit-fils vivent avec lui.

Sébastien est barman, ancien taulard, ancien toxico. Vittorio finit son année de CM2. Ils n’ont pas de femmes dans leur vie. Un matin, Sébastien est abattu de plusieurs balles par des tueurs en moto sur la terrasse du bar où il travaille. A Ajaccio, tout le monde soupçonne une famille de voyous d’être les commanditaires de ce meurtre. Hugo, fou de douleur, met son petit-fils à l’abri au village, dans la montagne.

Le soir même, il tente de se venger du clan rival. Mais au moment de tuer, il renonce. Le lendemain il charge son van, prend le ferry et part sur le continent avec Vittorio. Sur les routes du Sud-Ouest, dans les Cévennes, le Quercy et jusque dans les Landes, jouant dans des fêtes votives, parmi les vacanciers et les ruraux, Hugo et Vittorio cherchent la mère de l’enfant. Mais ils sont suivis. Par un tueur. Par un ange gardien. Hugo fera tout pour sauvegarder ce qui reste de sa famille décomposée. Tout.

Mon avis :

Une lecture exigeante, hachée et pourtant pleine de poésie. Les inventions de mots de Vittoriu sont de vraies réussites.

Pourtant, le style n’est pas au service du récit, dans ce roman. A trop réfléchir sur les mots, la fluidité de l’histoire en pâti. Beaucoup.

Seule l’amour que l’on ressent entre un grand-père, son fils et son petit fils m’a touché. 

Malgré tout, j’ai également aimé le personnage de Seb, qui nous parle après son assassinat.

L’image que je retiendrai :

Celle des îles sanguinaires qui donnent leurs noms au roman.

Enterrez vos morts – Louise PENNY

enterrez-vos-morts

Lu sur Liselotte

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur-chef Armand Gamache tente de se remettre du traumatisme d’une opération policière qui a mal tourné. Il s’est mis au vert quelques jours chez un ami, à Vieux-Québec, et vous ses journées à sa marotte, l’Histoire, dans les bibliothèques de la vieille ville.

C’est alors qu’on découvre, dans les caves de la Literary and Historical Society, le corps sans vie d’un archéologue amateur qui avait consacré sa vie à une quête obsessive : retrouver la sépulture de Samuel de Champlain, le fondateur du Québec. Existerait-il donc, enfoui depuis quatre cents ans, un secret assez terrible pour engendrer un meurtre ?

Confronté aux blessures de l’Histoire, hanté par ses dernières enquêtes, Gamache doit replonger dans le passé pour pouvoir enfin enterrer ses morts.

Mon avis :

Pourquoi Olivier aurait-il déplacé le corps ? Depuis la précédente enquête et l’arrestation d’Olivier, Jean-Hugues ne cesse de poser la question au chef de la sécurité du Québec, Gamache. Il demande donc à son adjoint de rouvrir officieusement l’enquête.

Pendant ce temps, Gamache est à Québec avec son ami Émile, en pleine dépression après la mort de son lieutenant Morin dont les circonstances nous serons dévoilés petit à petit. C’est la seconde enquête dans l’enquête.

À Québec, Gamache se trouve joint à une enquête concernant la mort d’un chercheur de trésor dans la Litt and His Society. L’occasion pour l’auteur de nous parler des difficultés de communication entre anglos et francophones, mais aussi du personnage de Champlain (que j’ai découvert).

Il est beaucoup question de dépression, dans ces pages, mais aussi de vie, surtout. La nation Cri n’est pas oublié, encore une fois.

L’auteure place également le mariage au centre des réflexions de Gamache.

Une enquête en deux volumes pour une auteure qui sait mettre l’humain au centre de ses récits.

L’image que je retiendrai :

Celle d’Armand allant se promener chaque nuit avec son chien, à 3 heures du matin dans les rues enneigées de Québec.

Quelques citations :

« Les choses sont plus solides à l’endroit où elles ont été cassées » avait dit l’agent Morin. (p.335)

« Mais Gamache le savait, Henri continuerait d’essayer. Il ne perdrait jamais espoir. » (p.378)

« Et sur la nécessité d’à la fois respecter le passé et s’en détacher. » (p.385)

En cheveux – Emmanuelle PAGANO

en-cheveux

Editions Invenit, 14 novembre 2014, 76 pages

Présentation de l’éditeur :

Un châle, à première vue commun s’il n’était constitué de fils de Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. Lorsqu’elle retrouve l’objet précieusement conservé dans les réserves du musée, les souvenirs reviennent à la narratrice.

Se déploie, pli après pli, une histoire familiale dans l’Italie fasciste, dont les fragiles fils tissés de la nacre forment la trame. Un frère autoritaire et machiste, ses deux soeurs Nella et Bice protégeant le châle comme objet totémique soustrait à la vue de l’homme, la nature et ses odeurs, ses lumières, sont la matière de ce récit sensuel et incarné.

Mon avis :

Voici le portrait d’une femme indépendante dans l’Italie fasciste, refusant de se marier, préférant marcher aux alentours de la propriété familiale. Refusant de s’habiller et de paraître en société, préférant les bains dans le lac, nue sous la lune. Refusant d’attacher ses cheveux comme le lui demande son frère.

Voici l’histoire d’une guerre larvée entre un frère et sa petite soeur qui s’adoraient étant enfants mais que l’âge adulte et les conventions sociales ont séparées.

Un bémol toutefois. Le point de départ est ce fameux châle que le père d la narratrice cache au fond d’une malle pour ne pas que sa soeur cadette le trouve ni le vende. Or, il en est très peu question tout au long du récit. Il n’est que le symbole matériel de la désunion du frère et de la soeur.

L’image que je retiendrai :

Celle du châle de soie de mer, exposé au tout nouveau Musée des Confluences à Lyon.

chale-soiedemer

Merci Zazy pour ce livre voyageur et la découverte de cette collection. Son article ici.

Yellow Birds – Kevin POWERS

yellobirds

Le livre de poche, 2 avril 2014, 240 pages

Résumé de l’éditeur :

Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murphy, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse vaine… Murphy mourra sous ses yeux et le hantera toute sa vie.

Yellow birds nous plonge au cœur des batailles où se déroule le quotidien du régiment conduit par le sergent Sterling. On y découvre les dangers auxquels les soldats sont exposés jour après jour. Et le retour impossible à la vie civile.

Mon avis :
Ouvrir ce roman, c’est plonger dès les premières pages au cœur d’un combat au fin fond de l’Irak. Deux soldats se sont liés d’amitié, chacun engagé volontaire pour des raisons différentes. Mais Bartle a fait la promesse de trop à la mère de Murph.
L’auteur alterne les chapitres où les soldats sont à Al Tafar et ceux où Bartle rentre chez lui. Nous devinons ainsi rapidement que Murph n’a pas survécu.
Ce qui m’a frappé à la lecture de ce roman, c’est qu’il est plein de couleurs : le marron de l’Irak, le vert de la Virginie, et le jaune, au détour d’une phrase. 
Un roman qui nous plonge dans une guérilla de quartier pour la possession d’une ville dont on ne voit que peu les habitants. Ici, nous sommes au côté des troufions qui exécutent les ordres et se fichent éperdument des discours de leurs gradés.
Une belle écriture au service d’un discours sur la vanité de toute chose, et le difficile retour à la vie civile.
L’image que je retiendrai :
Celle de la poussière et de la chaleur qui collent aux bottes des soldats.